Fusion Euralis-Maïsadour : l’Autorité de la concurrence donne son feu vert, sous conditions

Silos et champs agricoles de la coopérative Euralis-Maïsadour en Nouvelle-Aquitaine

Le 17 juillet 2026, l’Autorité de la concurrence a officiellement validé le projet de fusion entre les coopératives agricoles Euralis et Maïsadour, deux piliers de l’agroalimentaire du Sud-Ouest français. Une décision historique, assortie de trois séries de conditions destinées à préserver la concurrence dans plusieurs filières stratégiques de la région.

Deux mastodontes du Sud-Ouest enfin réunis

Euralis, groupe béarnais implanté à Pau, rassemble près de 4 900 salariés et 5 300 agriculteurs adhérents, pour un chiffre d’affaires d’environ 1,6 milliard d’euros. De son côté, Maïsadour, coopérative landaise basée à Mont-de-Marsan, compte 4 300 salariés équivalent temps plein, 5 000 agriculteurs adhérents et 1,4 milliard d’euros de chiffre d’affaires. Ensemble, elles formeraient l’un des premiers groupes coopératifs agricoles de France, avec une présence forte en Nouvelle-Aquitaine, dans les Pyrénées-Atlantiques, les Landes, et jusqu’en Occitanie.

Ce rapprochement s’inscrit dans une tendance de fond : face à la volatilité des prix agricoles, aux exigences environnementales croissantes et à la pression des grandes surfaces, les coopératives cherchent à mutualiser leurs forces. En matière de gestion financière, des filières comme le maïs, le canard gras ou la nutrition animale gagnent en efficacité et en résilience à grande échelle — un argument de poids pour les adhérents des deux structures.

Les trois conditions imposées par l’Autorité de la concurrence

La validation n’est pas sans contrepartie. L’Autorité de la concurrence a identifié trois zones à risque pour la concurrence et a imposé des engagements précis et contraignants :

  • Filière canard gras : avant le 17 juillet 2031, le groupe fusionné devra céder des capacités représentant au moins deux millions de canards gras par an à des opérateurs concurrents. Cela inclut la vente de la marque Canadour et de la marque Sarrade, ainsi que des mesures facilitant le départ de producteurs vers d’autres opérateurs de la filière.
  • Collecte de céréales et oléoprotéagineux : le groupe devra céder douze infrastructures de collecte — silos ou plateformes — à des concurrents. Ces actifs immobiliers agricoles stratégiques représentent un enjeu capital dans la gestion des flux de céréales à l’échelle régionale.
  • Nutrition animale : Maïsadour s’est engagé à vendre son usine de Pomarez, dans les Landes, dédiée à la fabrication d’aliments pour animaux.

Ces conditions visent à éviter qu’un seul groupe ne contrôle simultanément la production, la collecte et la transformation dans une même zone géographique, ce qui pénaliserait les agriculteurs indépendants, les petits opérateurs locaux et in fine les consommateurs.

Un chemin semé d'embûches depuis 2023

Ce n’est pas la première tentative de rapprochement entre les deux coopératives. En 2023, un projet de fusion limité à la seule filière canard gras avait été abandonné après qu’une enquête de l’Autorité de la concurrence eut révélé de sérieux doutes quant aux atteintes à la concurrence. La leçon a été tirée : en élargissant le périmètre du projet et en proposant d'emblée des engagements structurels concrets, Euralis et Maïsadour ont réussi à convaincre le régulateur trois ans plus tard.

Pour les 10 200 agriculteurs adhérents cumulés des deux structures et les 9 200 salariés répartis sur tout le quart sud-ouest du pays, cette fusion représente une promesse de stabilité économique à long terme, de capacités d’investissement accrues et d’une meilleure adaptation aux enjeux de la transition agro-écologique. Le secteur agricole de Nouvelle-Aquitaine entre dans une nouvelle ère.

Questions fréquentes

Qu’est-ce qu’une coopérative agricole ?

Une coopérative agricole est une structure dont les membres — les agriculteurs adhérents — sont à la fois clients, fournisseurs et propriétaires. Ils apportent leur production à la coopérative, qui la transforme ou la commercialise, puis se partagent les excédents. C’est un modèle économique fondé sur la solidarité, distinct des sociétés par actions classiques à but lucratif.

Pourquoi l’Autorité de la concurrence impose-t-elle des conditions à une fusion ?

Lorsqu’une fusion risque de créer une position dominante susceptible de nuire à la concurrence sur un marché, l’Autorité peut exiger des cessions d’actifs ou des engagements comportementaux. L’objectif est de maintenir une concurrence effective et loyale pour protéger à la fois les consommateurs et les autres acteurs économiques du secteur concerné.

Quand la fusion Euralis-Maïsadour sera-t-elle pleinement effective ?

L’autorisation ayant été obtenue le 17 juillet 2026, les deux coopératives peuvent désormais engager les étapes juridiques et opérationnelles du rapprochement. Les cessions d’actifs imposées par le régulateur devront être réalisées avant le 17 juillet 2031. La fusion opérationnelle complète pourrait prendre plusieurs mois supplémentaires selon les procédures internes et les négociations en cours.

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Cédric Lefèvre
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